Timonier: Mettre en œuvre les réformes dans leur intégralité, pas seulement sur papier

Nous voulons que la question de l'Etat de droit soit vue dans son intégralité, et que les réformes ne restent pas que sur le papier, a déclaré l'ambassadeur de France au Monténégro, Christian Timonier, dans une interview pour "Dan".

• Comment évaluez-vous les relations bilatérales entre le Monténégro et la France et êtes-vous satisfait de la présence d'investisseurs français dans notre pays?

- Les relations entre la France et le Monténégro se caractérisent par un profond respect de notre part envers un pays fier de sa tradition et plus que tout attaché à sa souveraineté. Nous l'avons acceptée dans l'Alliance atlantique et nous la soutenons dans sa voie européenne. Nous continuerons dans cet esprit et c'est la tâche qui m’a été confiée par le Président de la République. Nous considérons le Monténégro comme un chef de file dans le processus d’adhésion de la région à l’Union, qui est l’objectif fondamental de notre politique.

Le président Macron a exprimé sa volonté de réactiver la France en termes de coopération dans tous les domaines afin de soutenir la stabilité de la région et de contribuer à l'adhésion à part entière des pays des Balkans occidentaux à l'Union européenne. Comme exemple concret de ce qui précède, nous attendons la visite du ministre monténégrin des Affaires étrangères à Paris prochainement, lorsqu'un accord intergouvernemental sera signé avec l'Agence française de développement. Dans un premier temps, cet accord aura pour résultat un soutien aux petites et moyennes entreprises monténégrines à hauteur de 50 millions d'euros.

Dans le même temps, il existe des liens traditionnels entre les intellectuels et les personnalités du monde de la culture. C'est ainsi que j'ai découvert les œuvres d'un étudiant français, notre grand sculpteur Risto Stijović, qui sont exposées dans sa maison de Podgorica. La Fondation Njegos, dirigée par mon ami le prince Nikola, met actuellement en œuvre de nombreux projets économiques, intellectuels et environnementaux. C'est un symbole de nos liens durables et étroits, en vue de l'avenir européen.

Notre assistance technique au processus de réforme devrait être renforcée, ainsi que le soutien linguistique et éducatif à l'industrie du tourisme. Le premier ministre m'a encouragé quant à l'intention de réaliser le projet d'un département bilingue dans l'une des écoles secondaires, et nous en parlerons, entre autres, avec le ministre de l'Éducation cette semaine. Les activités de l'Agence française de développement sont axées sur le développement durable et la réponse au changement climatique, ainsi que sur la promotion de l'égalité dans la société.

Nos investisseurs du secteur privé, bien qu'encore modestes au Monténégro, s'intéressent de plus en plus à la région et au Monténégro. Ils s'intéressent au domaine de l'assainissement, comme dans l'exemple de la société Valgo, qui gère les travaux du chantier naval de Bijela, mais aussi au traitement des eaux ou à la construction. Leur attention a été attirée sur les promesses d'un environnement commercial plus transparent et d'une compétitivité plus ouverte. De conversations avec des entrepreneurs, à commencer par celles du Cercle d’entreprises France-Monténégro, j'ai conclu qu'il y avait une forte demande pour établir des contacts. L’une de mes priorités sera donc d’y répondre.

• Pensez-vous que le Monténégro est sur la bonne voie pour devenir membre de l'UE d'ici 2025?

- Depuis le début du processus de négociation en 2012, le Monténégro a ouvert tous les chapitres de la législation européenne et en a fermé trois. Elle s'est ainsi retrouvée à la tête des pays de la région, ce qui est un résultat qui est apprécié. La période jusqu'en 2025, qui avait été soulignée par la Commission européenne en 2018, devait être marquée par "une volonté politique forte, la mise en œuvre de réformes efficaces et durables et une solution définitive aux différends avec les voisins". Il y a encore du travail à faire.

Avec le changement démocratique de gouvernement, le pays a fait un résultat plus. C'est une preuve de maturité et une étape cruciale, tant pour les Etats membres que pour leur opinion publique. Une cohabitation réussie entre le président et la nouvelle majorité parlementaire doit maintenant être réalisée. Chacun doit maintenant montrer que l'intérêt national est au-dessus de l'intérêt du parti. Certains pays de la région ont réussi, comme la Croatie, à accélérer le processus de négociation. Dans la pratique, cela signifie que tous les partis politiques respectent les valeurs européennes fondamentales et les lignes directrices qu'ils contiennent. Cela signifie aussi s'abstenir de déclarations ou d'initiatives qui pourraient remettre en cause l'équilibre fragile de toute une région fragile.

L'avenir européen du Monténégro, comme celui de ses voisins, dépend des progrès de chacun en termes de réconciliation et de coopération. Le fait que le Monténégro suive pleinement la politique étrangère de l'Union européenne est crucial pour sa crédibilité et nous l'apprécions comme sa véritable valeur. L'insistance du gouvernement sur la lutte contre la criminalité organisée et la corruption, ainsi que des mesures concrètes telles que l'abolition de la citoyenneté économique, doivent être saluées. Nous attendons beaucoup de cette approche, qui doit être éthique et pratique.

Après tout, à l'initiative de la France, une nouvelle méthodologie a été adoptée l'année dernière, qui insiste sur une meilleure évaluation des progrès et l'enregistrement des revers. De cette manière, les citoyens monténégrins pourraient mieux évaluer les résultats obtenus par le gouvernement et indiquer d'éventuelles reculs. Nous voulons que l'état de droit soit vu dans son intégralité, sans que les réformes restent sur le papier. Cette approche implique une réorganisation du processus de négociation actuel, que nous, avec nos partenaires à Bruxelles, sommes en train de mettre fin, afin qu'il soit plus efficace et transparent.

Afin d'accélérer les progrès, la France a mis à la disposition des autorités monténégrines son expert qui travaille quotidiennement sur ces questions avec des collègues de l'Office pour l'intégration européenne et en liaison étroite avec l'ambassade. J'ai eu l'occasion de souligner la qualité de cette équipe et sa motivation. Les temps sont durs, mais c'est une incitation à voir l'essence et à atteindre l'efficacité. Pour notre part, il est déjà nécessaire de préparer notre structure européenne à un meilleur fonctionnement. C’est pourquoi nous avons préconisé une convention sur l’avenir de l’Europe, qui sera bientôt débattue à Vienne. Nous préparons activement notre présidence de l'Union, au premier trimestre 2022.

• Votre déclaration antérieure selon laquelle 12 familles gardent tout au Monténégro attire toujours beaucoup d'attention. Y a-t-il eu des réactions officielles du Monténégro à cette déclaration?

- Je ne ferais aucun commentaire sur une citation qui n'est pas exacte.

• La majorité parlementaire avait l'intention d'adopter un ensemble de lois sur la justice, mais après les critiques de la Commission de Venise, il semble que les projets de ces lois doivent être amendés. Comment commentez-vous cela?

- Cet épisode a amené la Commission de Venise, c'est-à-dire la Commission pour la démocratie par le droit, à exprimer son avis motivé. Le Premier ministre a confirmé que cet avis serait suivi. Il reste des moyens pratiques de mettre en œuvre les réformes assouplies dans l'ordre, avec le consensus le plus large possible, sans compromettre les progrès précédemment bien accueillis. Cela reflétera la qualité du débat démocratique et la capacité des deux à surmonter les problèmes personnels.

Depuis que je suis ici, j'ai l'impression que la majorité des citoyens estiment que la transparence du système actuel est faible et qu'il dépend trop des organes gouvernementaux et de leurs proches. Il faut trouver une solution garantissant l'indépendance du pouvoir judiciaire, qui ne se résume pas au «nettoyage» lorsqu'il serait accusé de vengeance. Il est dans notre intérêt à tous de trouver une solution durable et stable. Un pouvoir judiciaire indépendant est une condition préalable au succès sur la voie européenne. La France a déclaré qu'elle souhaitait soutenir les réformes en cours dans le cadre de nouveaux programmes européens.

 

CDM